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Publié le : Innovation

L’agriculture 2.0 : le tracteur électrique mêlant performances et écologie

Le renouveau du monde agricole commence maintenant…

Sabi Agri, la marque auvergnate pionnière dans le tracteur électrique.

Laure et Alexandre Prévault-Osmani sont en passe de révolutionner le secteur du machinisme agricole avec leurs tracteurs électriques destinés aux cultures à forte valeur ajoutée comme le maraîchage. © Thierry NICOLAS

Alors que les fabricants français de tracteurs ont disparu un à un, la renaissance industrielle tricolore passe par Sabi Agri. Avec ses tracteurs électriques, plus légers et plus écologiques, cette société d’ingénierie agricole, basée en Auvergne, est bien décidée à révolutionner le secteur.

Il n’y a pas que des plantes ou des légumes qui poussent dans les champs. Les idées aussi, parfois. En 2016, sur l’exploitation familiale d’Aubiat (Puy-de-Dôme), Alexandre Prévault-Osmani a eu comme une illumination. «Je me suis rendu compte que quelque chose clochait. Alors que l’agriculture se tourne de plus en plus vers des pratiques respectueuses de l’environnement, le matériel ne suivait pas. Sortir un tracteur de 80 chevaux pour aller biner des carottes, cela me semblait antinomique », lâche-t-il.

Ingénieur en mécatronique de formation, diplômé de l’Ifma de Clermont-Ferrand, Alexandre retrouve rapidement sa seconde nature de « Géo Trouvetou ». « Je me suis dit qu’il manquait un outil ergonomique et léger pour le maraîchage. J’ai rapidement découvert également que la problématique était la même en viticulture. Quand tu te convertis en bio, au lieu de passer une fois, tu es obligé de répéter l’opération à six reprises. Tu pollues, tu abîmes le sol. Et tu peux légitimement te poser la question de savoir s’il vaut mieux mettre du désherbant ou dépenser 60 litres de gasoil », argumente-t-il.

Quatre fois plus léger qu’un thermique

Il n’en fallait pas plus pour le voir se lancer dans la folle aventure de construire, tout seul et en partant d’une feuille blanche, un prototype dans l’atelier familial. Ainsi est né Alpo, premier tracteur électrique maison, quatre fois plus léger que son équivalent thermique, qui a rapidement fait ses preuves sur la partie maraîchère de l’exploitation.

Alors que l’engin aurait pu rester confidentiel et confiné à un usage strictement privé, Alexandre et son épouse, et future associée, Laure, ont eu l’idée de le présenter, en 2017, à Tech & bio, le premier salon bio d’Europe, qui se déroule dans la Drôme.

« Le Premier prix de l’innovation, que nous y avons décroché, a eu l’effet d’un déclic pour nous, rappelle Laure. Avant cela, Alexandre pensait rester maraîcher et moi avocate et mener les deux de front. Mais sur place, nous avons été assaillis de demandes venant de professionnels de la viticulture, de l’arboriculture et des plantes médicinales. Et nous avons compris que le marché était tellement énorme qu’il nous fallait changer de schémas. »

Une démarrage digne d’une Tesla

Sabi Agri, leur société d’ingénierie agricole, créée peu après, a connu un démarrage digne d’une Tesla, avec des ventes qui décollent désormais dans toute l’Europe. Au-delà du confort de travail et de la performance écologique, en termes de pollution et de préservation des sols, c’est l’aspect économique qui booste leur tracteur.

Le coût énergétique annuel, estimé à 400 heures de travail, est de 100 € pour leur Alpo, contre 1.350 € pour un tracteur thermique. « De ce fait, malgré une différence de prix de 10 à 15 % pour un Alpo 4×4, le retour sur investissement se fait, selon les options choisies, entre 3 et 5 ans. Mais sur les enjambeurs pour la viticulture, nous sommes dans les mêmes prix », explique Laure.

Cultures à forte valeur ajoutée

Les tracteurs de Sabi Agri s’adressent, pour l’instant, aux cultures à forte valeur ajoutée (maraîchage, viticulture, arboriculture, etc.) mais réfléchit à se lancer sur le créneau des grandes cultures. « Le concept est potentiellement applicable aux grandes cultures, sauf que passer d’un engin de 12 mètres à un de 2 mètres demanderait un surcroît de temps trop important.
Mais nous réfléchissons à la question. »

Des engins à la carte

L’une des clés de la réussite de Sabri Agri, qui va dépasser en fin d’année le cap des 20 tracteurs commercialisés, réside dans le fait que l’agriculteur est associé à la conception de son tracteur. « C’est vraiment à la carte car chaque exploitation possède ses spécificités. C’est pour cela que nous proposons un grand nombre d’options comme de choisir entre un joystick et un volant », expliquent les deux fondateurs.

“Nous avons le vent dans le dos”

En 2019, l’entreprise s’est installée sur le Biopôle de Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), où tout se déroule de la conception à la fabrication en passant par les essais. Sabi Agri devrait doubler, en 2021, la surface de ses locaux pour être en capacité de produire 20 tracteurs par mois, contre cinq aujourd’hui. « Comme nous sommes pionniers sur le créneau, nous avons le vent dans le dos. Cela reste une niche mais qui peut grandir », conclut le couple.

« Des fournisseurs 100 % européens »

Sabri Agri a fait le choix de privilégier des fournisseurs européens pour ses composants, dont la batterie et le moteur, sans parler des pneumatiques qui sont des Michelin. « Nous travaillons avec des leaders mondiaux. Nous sommes des concepteurs et des super assembleurs dont le premier objectif est de garantir un produit robuste et durable, expliquent les deux fondateurs. L’enjeu est de réaliser le même travail avec dix fois moins d’énergie. On trouvera mieux à l’avenir que le lithium, peut-être l’hydrogène, mais grâce à leur sobriété, nos tracteurs ont un impact positif sur l’environnement.
Pour le moment, nous n’avons pas vraiment de concurrent car il ne suffit pas de mettre des batteries sur un tracteur thermique. Il faut tout repenser de A à Z. »

Alexandre Prévault-Osmani et son épouse, Laure, co-fondatrice de Sabi Agri, ont fait le choix de choisir des fournisseurs exclusivement européens.

Source “La Montagne Entreprendre” – Publié le 24/11/2020

Textes : Dominique Diogon
Photos : Thierry Nicolas

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